
Les vaccins contre la COVID-19 risquent bien de perdre une part d’efficacité face à Omicron. De premiers résultats, très partiels, appuient cette hypothèse largement redoutée par les chercheurs depuis l’apparition du variant, même s’il est bien trop tôt pour en tirer des conclusions dans la vie réelle.
« Omicron échappe en partie à l’immunité conférée par le vaccin Pfizer », a résumé mardi l’Africa Health Research Institute (AHRI), un organisme sud-africain qui a patronné l’une des premières études sur la résistance du nouveau variant aux vaccins existants.
Celle-ci, qui n’a pas encore été relue de manière indépendante, s’est intéressée à une douzaine de personnes préalablement vaccinées par le vaccin Pfizer/BioNTech et dont le niveau d’anticorps a été testé en laboratoire sur leurs prélèvements sanguins.
Elle apporte de tout premiers éléments de réponse à la principale inquiétude liée au variant Omicron, une dizaine de jours après qu’il a été repéré pour la première fois en Afrique du Sud.
Va-t-il contourner les vaccins ?
La majorité des chercheurs jugent cette hypothèse probable, au regard des nombreuses mutations présentées par Omicron, et plusieurs fabricants de vaccins, dont BioNTech et Moderna, ont déjà prévenu qu’ils devraient certainement en concevoir une nouvelle version.
De fait, l’étude sud-africaine témoigne que le niveau d’anticorps efficaces contre Omicron s’effondre chez les vaccinés par rapport à celui observé contre la souche initiale du coronavirus ou d’autres variants apparus entretemps.
L’étude note toutefois que l’immunité par anticorps baisse beaucoup moins chez les personnes qui ont non seulement été vaccinées, mais aussi infectées par le coronavirus.
Faut-il déjà conclure à l’inefficacité future des vaccins ? Non, pour des raisons de forme comme de fond. Sur le premier plan, l’étude doit encore être relue, puis confirmée par d’autres travaux sur un plus grand nombre de personnes.
À voir dans la vraie vie
Toutefois, il est peu probable que ses conclusions restent isolées. D’autres chercheurs partageaient déjà publiquement mercredi des résultats semblables, dont une équipe allemande qui a aussi testé l’efficacité du vaccin Moderna.
Ces différents travaux ont utilisé « des configurations de virus et de cellules légèrement différentes », mais « leurs résultats convergent », a remarqué sur Twitter le virologue allemand Christian Drosten, qui n’a pas participé à ces études.
Si M. Drosten estime à titre personnel que ces résultats prouvent qu’une dose de rappel de vaccin est « nécessaire », il reste très difficile d’en tirer des conclusions sur l’avenir de la vaccination contre le Covid face à Omicron.
Ces études mesurent en effet le degré d’anticorps, qui n’est qu’un indicateur très avancé de l’efficacité réelle du vaccin. L’organisme se défend par d’autres moyens, dont l’immunité « cellulaire » conférée par les lymphocytes T, mais beaucoup plus difficile à évaluer.
« Il faut faire extrêmement attention en interprétant ces résultats, car ils sont obtenus en laboratoire ; nous avons surtout besoin de données dans la vraie vie pour savoir ce qui est vraiment en train de se passer », a reconnu auprès de l’AFP Willem Hanekom, directeur général de l’AHRI.
« Désormais, Omicron représente plus de 90 % des (corona)virus observés » en Afrique du Sud, remarque-t-il. « Nous allons voir s’il y a du changement dans le degré de protection conféré par les vaccins par rapport aux précédents variants ».
Ces réponses mettront plusieurs semaines à émerger, même si M. Hanekom assure que les premières indications sont plutôt rassurantes quant à la capacité des vaccins à permettre d’éviter les formes graves, même via Omicron.
C’est aussi ce qu’ont fait remarquer cette semaine plusieurs responsables de santé publique à travers le monde, dont un cadre de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
« Il n’y a aucune raison de douter » que les vaccins actuels protègent des formes graves chez les patients infectés par Omicron, a estimé auprès de l’AFP Michael Ryan, le responsable des urgences de l’institution basée à Genève.
Vaccin de Pfizer: une 3e dose efficace contre le variant Omicron
Le vaccin contre la COVID-19 développé par les entreprises Pfizer et BioNTech est « toujours efficace » après « trois doses » contre le variant Omicron du virus, ont déclaré mercredi les laboratoires, qui souhaitent toutefois finaliser un vaccin adapté « d’ici mars ».
Selon les études réalisées par les deux entreprises « le vaccin est toujours efficace contre la COVID-19, également contre le variant Omicron, s’il a été administré trois fois », mais ce variant n’est « probablement pas suffisamment neutralisé après deux doses ».
« Nous allons poursuivre le développement d’un vaccin spécifique au variant Omicron et espérons le rendre disponible d’ici mars au cas où une adaptation serait nécessaire », ont indiqué les laboratoires dans un communiqué.
« Une troisième dose fournit un niveau d’anticorps neutralisants contre Omicron similaire à celui observé après deux doses » pour les autres variants, ont-ils ajouté.
« Bien que deux doses du vaccin puissent encore offrir une protection contre la maladie grave causée par la souche Omicron, il est clair, d’après ces données préliminaires, que la protection est améliorée avec une troisième dose de notre vaccin », a résumé Albert Bourla, président et directeur général de Pfizer, cité dans un communiqué.
Le variant Omicron considéré comme « hautement transmissible par l’OMS », a été détecté pour la première fois fin novembre en Afrique du Sud, et a rapidement été identifié dans de nombreux pays.
Son apparition a provoqué un vent de panique, notamment en Europe, déjà en proie à une massive cinquième vague de cas de COVID-19 provoqués par le variant Delta.
Mais il ne semble pas accroître la sévérité des symptômes, selon les dernières données publiées par l’OMS.
Il est « quasiment certain » qu’Omicron ne cause pas de cas plus graves que Delta, a ainsi déclaré mardi à l’AFP Anthony Fauci, conseiller de la maison blanche.Plus de détails suivront.
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