« COP26 : Mettez fin à l’urgence climatique », peut-on lire sur une bannière.
Photo : Reuters / Russell Cheyne
Repoussée d’un an en raison de la COVID-19, la COP26 sera lancée en grande pompe, alors que plus de 120 chefs d’État et de gouvernement arriveront à Glasgow, en Écosse, dès lundi matin.
Quelle est l’importance de cette rencontre? Quels sont les principaux enjeux? Quelle en est l’utilité?
À quelques heures de l’ouverture de la COP26, voici les raisons pour lesquelles cette rencontre devrait nous intéresser.
Le contexte : une rencontre de la plus haute importance
Si on avait à la résumer en une phrase, la COP26 est le rendez-vous où on tente de mettre en branle le plan de match de l'humanité pour éviter une catastrophe climatique.
Il y a urgence, nous répètent jour après jour les scientifiques. Le thermomètre grimpe plus vite qu’on l’avait prévu et les effets se font déjà sentir partout sur la planète.
On sait que la température de la planète a déjà augmenté de 1,1 degré Celsius depuis la période préindustrielle (1850-1900). Or les climatologues craignent que si le réchauffement dépasse le seuil de 1,5 degré, bon nombre des changements subis par la planète seront irréversibles.
Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) nous indique que ce seuil critique pourrait être franchi dès 2030, soit dix ans plus tôt qu’estimé auparavant.
En 2015, les 197 pays qui ont signé l’Accord de Paris à la COP21 se sont engagés à tout faire pour ne pas dépasser ce seuil. C’est pourquoi ils ont soumis aux Nations unies des cibles de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Cibles qu’ils sont tenus d’améliorer et de réviser à la hausse tous les cinq ans. C’est une règle phare de l’entente.
Décalée d'un an à cause de la crise sanitaire, la COP26 marque donc la fin de ce cycle de cinq ans. Une rencontre qualifiée par le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, de la plus importante conférence sur le climat depuis Paris
.
Glasgow est de fait le premier sommet où nous examinerons les progrès accomplis – ou non – depuis la signature de l'accord de Paris sur le climat en 2015.
Face aux engagements imparfaits, opérer un grand coup de barre
On le sait déjà, les promesses des États sont toujours trop modestes pour espérer contenir le dérèglement climatique à un seuil adéquat.
Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) nous l’a rappelé cette semaine dans son rapport annuel Emission Gap
, sur les écarts entre ce que les pays proposent comme réduction d’émissions, et ce qu’il faudrait faire pour ne pas dépasser la limite du 1,5 degré.
Les résultats sont accablants. En date du 29 octobre, 144 pays ont soumis de nouvelles cibles de réduction en vertu de l’Accord de Paris. L'ONU calcule qu'avec les cibles qui sont envisagées actuellement, les émissions mondiales ne seront réduites que de 7,5 % d'ici 2030, alors qu'il faut atteindre 55 % si on veut éviter un réchauffement supérieur à 1,5 degré Celsius.
C'est un septième de l'objectif prescrit par les scientifiques.
Un écart qui mène la planète sur une trajectoire d’un réchauffement de 2,7 degrés Celsius d’ici la fin du siècle.
On le comprend, le coup de barre à donner est majeur. C’est en ce sens que la COP26 revêt une importance cruciale : depuis la COP21 en 2015, jamais autant de décideurs politiques n’auront été réunis dans la même enceinte pour propulser l’action.
À la différence près que depuis six ans, les effets des changements climatiques n’ont montré aucun signe d’affaiblissement dans chacun de leur pays, au contraire.
Les principaux enjeux sur la table à Glasgow
Le but premier de la COP26, c’est de rendre opérationnel l’Accord de Paris sur le climat.
C’est une entente non contraignante. Un grand compromis qui avait été fait afin de rassembler le plus grand nombre de pays possible. À titre d’exemple, en 2015, Barack Obama savait très bien qu’il ne pouvait pas signer une entente contraignante. Le Congrès l’aurait rejetée d’emblée. C’est pour avoir tous les grands pollueurs de la planète dans l’entente qu’on l’a présentée comme un accord qui n’est pas obligatoire.
Mais ce caractère volontaire de l’accord a forcé les architectes du traité à mettre en place des astuces pour motiver les pays, malgré tout, à agir le plus promptement possible.
Le traité contient donc des mécanismes très originaux pour maximiser les effets d’un accord que personne n’est contraint de respecter.
Ce sont quelques-uns de ces mécanismes qui font l’objet de négociations depuis cinq ans. Le but, c’est que tous les désaccords qui restent à régler le soient à Glasgow.
Il y a tant de détails, de subtilités et d’angles morts dans ce qui est à discuter, le fait de devoir négocier tout ça à 196 pays autour d’une table n’est pas simple.
Mais ça se fait.
Voici les principaux enjeux qui feront l’objet des plus vives discussions à Glasgow :
1. La création d’un marché mondial du carbone
S’il y a un aspect qui intéresse Jason Kenney dans les négociations climatiques, c’est celui-là. Il s’agit de l'article 6 de l’Accord de Paris, qui ouvre la porte à un marché mondial du carbone, et sur lequel le premier ministre de l’Alberta garde un œil intéressé.
À la COP25 de Madrid, les discussions autour de cette clause ont fait chou blanc. Car l'article 6 est de loin le plus complexe de l'accord de Paris.
Il a pour but d'encourager une coopération volontaire
entre les pays, afin qu'ils puissent s'aider l'un et l'autre à réduire les émissions.
Si elle faisait l'objet d'un accord à Glasgow, cette règle ouvrirait la porte à un système d'échanges de crédits et d'émissions de carbone entre les pays.
Selon une des dispositions de l'article 6, un pays pourrait comptabiliser dans son propre bilan carbone national des réductions d'émissions réalisées grâce à un projet vert à l'étranger.
L’idée, c’est de pouvoir améliorer son bilan carbone national en s'impliquant dans un projet qui réduit les émissions dans un autre pays.
Jason Kenney voit dans cette disposition une occasion d'affaires intéressante.
Selon le premier ministre albertain, le Canada pourrait acquérir des crédits de carbone en vertu de l'article 6 en vendant du gaz naturel liquéfié de l’Alberta aux pays asiatiques, qui carburent au charbon.
Comme le gaz naturel émet moins de gaz à effet de serre que le charbon, le Canada, et surtout l’Alberta selon M. Kenney, serait ainsi l'acteur d'une baisse générale des émissions de GES sur la planète.
L’article 6 sur la création d’un marché mondial de carbone sera donc au cœur des négociations à Glasgow. Ce n’est pas simple, car les détails à régler sont complexes.
Comment s’assurer, par exemple, que les baisses d’émissions reliées à un projet ne soient pas comptabilisées deux fois? Une fois dans le pays initiateur du projet, et une deuxième fois dans le pays qui reçoit le projet?
Une double inscription des émissions ferait en sorte de créer un faux portrait de la situation réelle des émissions.
On peut s’attendre à des discussions très corsées.
2. Les finances
C’est un des enjeux les plus importants de cette COP26.
Historiquement, les pays en développement ne sont pas vraiment responsables du problème climatique mondial. Ce sont les pays industrialisés, qui se sont développés au moyen des combustibles fossiles depuis le 19e siècle, qui en portent la plus grande responsabilité. Mais ce sont pourtant les nations les moins nanties qui subissent le plus intensément les effets des bouleversements climatiques.
Si les pays en développement ont accepté de prendre part à un accord international sur le climat, c’est à la condition que les pays riches les aident financièrement à faire essentiellement deux choses :
- Mettre en place une politique climatique digne de ce nom pour enclencher leur propre transition énergétique.
- S’adapter aux changements climatiques.
C’est pourquoi en 2009, lors de la COP15 de Copenhague, les pays riches ont pris un engagement important : amasser chaque année une somme de 100 milliards de dollars américains (l'équivalent de 124 milliards de dollars canadiens), au plus tard en 2020.
Or, les derniers chiffres publiés par l’OCDE cet été montraient que la cagnotte n’avait atteint que 79,6 milliards de dollars américains en 2019, en hausse d’un maigre 2 % par rapport à 2018.
En juillet dernier, l’ancien ministre canadien de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, et son homologue allemand, Jochen Flashbarth, avaient reçu le mandat des Nations unies de stimuler les dons pour assurer le respect de cet objectif.
Ils ont dû reconnaître que le but ne sera pas atteint et qu’il faudra attendre en 2023 pour parvenir à l’objectif.
Cette situation crée une énorme frustration de la part des pays en développement, qui se sentent trahis. C’est une très grande source de friction.
3. La transparence
L’idée de transparence est au cœur de l’Accord de Paris. Les architectes de l’entente ont mis ces principes au centre du texte pour une bonne raison : comme l’accord n’est pas contraignant, ce sont les obligations de transparence qui exercent en bonne partie sur les pays cette pression morale qu'on parlait plus haut.
Selon ces ingrédients de transparence, les signataires de l’Accord de Paris seront obligés de rendre publics tous les détails relatifs aux politiques de réduction des émissions de GES qu’ils mettent en place, tout comme les résultats concrets de ces politiques.
L’idée derrière tout ça, c’est que chacun des pays soit forcé de se comparer aux autres, pour les inciter à faire mieux. Une façon de relever la barre toujours plus haut, de jouer sur la fierté nationale des dirigeants pour améliorer le bilan carbone de la planète.
En 2018, à la COP24 de Katowice en Pologne, les États s’étaient entendus sur les grandes lignes des principes de transparence. Reste maintenant à finaliser les détails, qui ne sont pas simples.
Comment s’assurer que les rapports contiennent des informations crédibles? Comment les vérifier? Comment harmoniser les formats des rapports pour que les données soient comparables entre les pays, et accessibles de partout dans le monde? Comment former les techniciens qui s’occupent de rassembler les informations dans les pays qui n’ont pas toutes ces ressources?
Il y a toute une structure à construire, dont le but est de rendre chaque pays imputable de leurs actions.
Comme on peut le constater, ce n’est pas simple. Mais ça avance!
Les COP sont-elles utiles?
C’est une question qui revient souvent et qui est légitime. Car depuis la toute première conférence des Nations unies sur le climat en 1995 à Berlin, les émissions de GES n’ont jamais cessé d’augmenter.
Mais voici : les solutions sont complexes, car les changements climatiques sont un problème mondial qui appelle à une solution mondiale.
Une tonne de CO2 a le même effet de serre sur la planète, qu’elle soit émise à Montréal, Le Caire ou Pékin.
Est-ce nécessaire de négocier à 196 pays autour d’une table?
Certains prônent la formation d’un club du climat, qui regrouperait essentiellement les pays du G20. Ce groupe est responsable d’environ 80 % des émissions mondiales de GES.
C’est une proposition qui fait son chemin et qui se concrétise lentement. La question climatique est LE sujet principal du sommet actuel, qui se tient à Rome.
Est-ce à dire qu’on pourrait se passer des COP?
Le groupe du G20 exclut environ 40 % de la population mondiale, celle qui provient des pays en développement les plus touchés par les effets du bouleversement climatique. C’est pour que ces États aient une voix à la table que les COP sont utiles.
Sans ces conférences de l’ONU sur le climat, les petits États insulaires, les pays africains qui souffrent de sécheresses récurrentes ou les pays asiatiques dont les territoires sont détruits par les inondations ne pourraient faire valoir leur situation au reste du monde.
Parce que la question climatique dépasse de loin les seules questions environnementales.
Il combine la finance, l’aide aux pays en développement, la coopération scientifique, la technologie, le développement de l’agriculture et de nombreux autres outils qui visent à régler un problème difficile : comment faire pour convaincre les êtres humains de changer leur mode de vie pour retrouver une planète sobre en carbone?
Pensez-y : aucun enjeu actuel ne fait l’objet d’une négociation aussi large et aussi complexe que la question des changements climatiques. Le seul fait de rassembler tous les pays de la planète – il n’en manque pas un! – dans un accord sur le climat, c'est un exploit en soi.
196 pays, dont certains sont extrêmement pauvres, d'autres en guerre, d'autres dirigés par des dictatures ou peuplés de minorités autochtones, criblés de dettes ou enrichis par l'exploitation pétrolière.
Ne serait-ce que pour cette improbable union d'intérêts si divergents, les conférences des Nations unies sur les changements climatiques valent la peine qu'on s'y intéresse de près.
C’est vrai, on a l'impression que pour chaque conférence, les avancées sont modestes. C’est vrai, bien que la signature de l’Accord de Paris en 2015, le premier accord universel sur le climat, est certainement un des grands moments diplomatiques des dernières décennies.
Mais si on veut se convaincre de l’utilité des COP, il faut regarder au-delà du lent travail diplomatique qui est accompli par les décideurs politiques.
Il faut regarder tout ce qui gravite autour. Depuis quelques années, aucun gouvernement d’un pays industrialisé digne de ce nom ne peut se présenter devant les électeurs sans avoir de plateforme climatique. L’effet climat se décuple, au niveau des provinces, des villes, des entreprises, des universités, etc.
Sans Accord de Paris, verrait-on aujourd’hui les banques centrales de pays riches prévenir leurs gouvernements des risques financiers à venir? Ou des grands fonds d’investissement retirer leurs billes de l’industrie des énergies fossiles au nom de leur santé financière future?
Au fil des ans, les conférences des Nations unies sur le climat ont attiré l’attention sur cette question cruciale. Elles se sont fait l’écho des scientifiques qui tirent la sonnette d’alarme année après année et qui nous informent de ce qui nous attend.
Difficile d’imaginer que l’enjeu climatique serait aujourd’hui autant au centre de l’attention politique et économique sans ces grandes conférences.
Elles sont peut-être laborieuses. Mais inutiles? Pas vraiment.
Bonne COP26!
Analyse | Voici pourquoi la COP26 devrait nous intéresser | COP26 - Conférence de Glasgow sur les changements climatiques - ICI.Radio-Canada.ca
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