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Wednesday, June 2, 2021

Israël | Sprint final pour former un gouvernement anti-Nétanyahou - La Presse

(Jérusalem) Les adversaires du premier ministre sortant israélien Benyamin Nétanyahou sont parvenus mercredi à arracher in extremis un accord sur un gouvernement de coalition inédit dans sa composition et censé mettre un terme à 12 ans d’ère Nétanyahou.

Daphne ROUSSEAU et Claire GOUNON
Agence France-Presse

Le chef de l’opposition Yaïr Lapid a appelé tard en soirée le président Reuven Rivlin pour lui annoncer qu’il avait réuni les appuis nécessaires à la formation d’une « coalition du changement », ont indiqué ses services dans un communiqué.

M. Lapid, qui avait jusqu’à 23 h 59 (16 h 59 HE) pour informer le président qu’il avait réuni ces voix, a fait cette annonce après avoir rallié des partis de droite et la formation arabe israélienne Raam pour soutenir son futur gouvernement.

Statu quo dans le conflit avec les Palestiniens, relance économique, place de la religion : tout divise sur le papier la coalition hétéroclite en dehors de sa volonté de faire tomber M. Nétanyahou, arrivé au pouvoir il y a 25 ans, de 1996 à 1999, puis reconduit à son poste en 2009, et inculpé pour corruption.

Le chef de l’opposition et ses partenaires ont désormais sept jours pour répartir les portefeuilles et obtenir un vote de confiance du Parlement.

Mais malgré cette avancée, et le premier accord de coalition formé sans M. Nétanyahou depuis deux ans, tout est encore possible.

À la manœuvre

Benyamin Nétanyahou, son parti de droite Likoud et ses avocats sont à la manœuvre pour tenter d’empêcher qu’un tel accord ait l’approbation du Parlement.

Selon la presse israélienne, le président du Parlement, Yariv Levin (Likoud), pourrait être tenté de faire traîner de quelques jours supplémentaires l’organisation du vote de confiance au Parlement, espérant dans cet intervalle des défections dans le camp anti-Nétanyahou.

Devant l’hôtel où se tiennent les tractations, des centaines de manifestants pro ou anti « coalition du changement » se sont rassemblés drapeaux d’Israël à la main, sous haute surveillante policière, a constaté un journaliste de l’AFP.

Hasard du calendrier, si les Israéliens n’avaient toujours pas de gouvernement mercredi, ils avaient en revanche un nouveau président désigné, le onzième d’Israël.

Le travailliste Isaac Herzog, 60 ans, a été élu à une très large majorité par le Parlement réuni en plénière, à cette fonction essentiellement honorifique et dépourvue de pouvoir exécutif.

À cette session du Parlement, les principaux protagonistes du feuilleton politique israélien, certains avaient continué, l’air épuisés, confiants ou inquiets depuis les bancs et sous l’œil des caméras, les négociations.

Ces pourparlers autour de M. Lapid traînent depuis la décision lundi de Naftali Bennett de rallier le camp anti-Nétanyahou.

PHOTO RONEN ZVULUN, REUTERS

Naftali Bennett

M. Bennett est pressenti comme futur premier ministre dans le cadre d’une rotation au pouvoir prévue dans le projet de coalition, censée mettre fin à la plus longue crise politique de l’histoire du pays.

« Trahison »

Yaïr Lapid a été chargé mi-mai de former un gouvernement après l’échec de son rival, M. Nétanyahou à le faire, dans la foulée des élections de mars, les quatrièmes en deux ans.

Et il avait prévenu que la tentative, marquée par une guerre de 11 jours entre l’armée israélienne et le Hamas palestinien, restait périlleuse.

Jugé pour « corruption » dans trois affaires, M. Nétanyahou est le premier chef de gouvernement israélien à faire face à des poursuites pénales en cours de mandat. Il devrait redevenir simple député et ne pourra plus user de son influence pour tenter de faire passer une loi pour le protéger de ses ennuis judiciaires.

Dans ce climat de fortes tensions où un possible accord de gouvernement est dénoncé comme une « trahison » par les pro-Nétanyahou, la sécurité de M. Bennett et Lapid a été renforcée.

Dates-clés des gouvernements Nétanyahou depuis 2009

Les grandes dates des gouvernements dirigés depuis 2009 par Benyamin Nétanyahou, premier ministre le plus pérenne de l’histoire de l’État d’Israël.

PHOTO AMIR COHEN, ARCHIVES REUTERS

Benyamin Nétanyahou

Retour au pouvoir

Le 31 mars 2009, le chef du Likoud (droite) Benyamin Nétanyahou, à la tête du gouvernement entre 1996 et 1999, redevient premier ministre, succédant à Ehud Olmert accusé de corruption.

Le gouvernement de coalition est fortement ancré à droite, avec, aux Affaires étrangères, l’ultranationaliste Avigdor Lieberman, chef du parti Israël Beiteinou.

En 2013, un nouveau gouvernement Nétanyahou, issu de législatives anticipées, rassemble une majorité composée du Likoud, d’Israël Beiteinou, du Foyer juif de Naftali Bennett – issu de la mouvance nationaliste religieuse et proche des colons – ainsi que du centre droit.

Guerre contre le Hamas

En juillet 2014, l’armée israélienne lance une offensive d’envergure contre la bande de Gaza contrôlée par le mouvement islamiste Hamas, dans le but selon l’État hébreu de faire cesser les tirs de roquettes palestiniens et détruire les tunnels creusés dans l’enclave palestinienne sous blocus israélien depuis 2006.

La guerre contre le Hamas – la troisième depuis 2008 – fait 2251 morts côté palestinien, en très grande majorité des civils, et 74 morts côté israélien, quasiment tous des soldats.

Le plus à droite

En mai 2015, M. Nétanyahou, vainqueur aux législatives de mars, forme un nouveau gouvernement qui intègre des ministres ultra-orthodoxes.

Un an plus tard, après un accord de coalition avec Israël Beiteinou, Avigdor Lieberman devient ministre de la Défense.

En juin 2017, Israël entame la construction de la nouvelle colonie d’Amichaï, une première en 25 ans en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par l’armée israélienne depuis 1967.

La colonisation juive dans les territoires occupés s’accélère.

Manifestations à Gaza et violences

À partir de mars 2018, des milliers de Palestiniens se rassemblent chaque vendredi le long de la barrière entre Gaza et Israël, lourdement gardée par l’armée israélienne, pour réclamer la levée du blocus.

Ils réclament aussi le droit des Palestiniens à retourner sur les terres qu’ils ont fuies ou dont ils ont été chassés à la création d’Israël en 1948.

Jusqu’en décembre 2019, près de 350 Palestiniens sont tués par des tirs israéliens. Huit Israéliens ont été tués.

Nétanyahou inculpé

Le 21 novembre 2019, Benyamin Nétanyahou est inculpé pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires différentes. Un fait inédit pour un premier ministre en exercice en Israël. Son procès s’ouvre en mai 2020.

Échec de gouvernement d’union

Le 2 mars 2020, les Israéliens retournent aux urnes, les législatives d’avril et de septembre 2019 n’ayant pas réussi à départager M. Nétanyahou de son principal rival, Benny Gantz, chef de la formation centriste Bleu-Blanc.

Fin mars, Gantz se rallie à Nétanyahou pour former un « gouvernement d’urgence » face à la crise du coronavirus.

Le 17 mai, Israël se dote d’un gouvernement d’union. Nétanyahou doit rester chef de gouvernement pendant 18 mois avant de céder sa place pour une période équivalente à Gantz. Mais le gouvernement ne survit que quelques mois.

Coup diplomatique

À partir d’août 2020, quatre pays arabes – Émirats arabes unis, Bahreïn, Soudan et Maroc – normalisent leurs relations avec Israël, sous le parrainage du président américain Donald Trump.

Celui-ci a multiplié les gestes envers Israël : déplacement de l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem, reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan syrien et soutien à la colonisation.

Nétanyahou, de nouveau

Le 23 mars 2021, nouvelles législatives anticipées. Le Likoud arrive en tête, suivi de Yesh Atid (« Il y a un futur ») du centriste Yaïr Lapid.

Le 6 avril, Benyamin Nétanyahou est désigné pour former une nouvelle équipe ministérielle. Nouvel échec. Le 5 mai, le président Reuven Rivlin demande au chef de l’opposition, Yaïr Lapid, de tenter de former un gouvernement.

Conflit avec le Hamas

Le 10 mai, après plusieurs jours d’affrontements entre Palestiniens et forces israéliennes à Jérusalem-Est, le Hamas lance vers Israël des roquettes depuis Gaza. L’armée israélienne réplique par des frappes dévastatrices.

Jusqu’au cessez-le-feu entré en vigueur le 21 mai, 254 Palestiniens sont tués par les frappes israéliennes, selon les autorités locales. En Israël, les tirs de roquettes font 12 morts.

Vers un nouveau gouvernement

Le 30 mai, le chef de la formation de droite radicale israélienne Yamina, Naftali Bennett, annonce son intention de joindre le camp de Yaïr Lapid.

Plus de deux ans de crise politique

Avril 2019

Le 9 avril 2019, les Israéliens votent lors d’élections législatives anticipées au terme desquelles Benyamin Nétanyahou, au pouvoir depuis 2009 et sous la menace d’une inculpation pour corruption, espère rester premier ministre.

Face à lui, Benny Gantz, ancien chef d’état-major, mène la nouvelle alliance centriste Kahol-Lavan (Bleu-Blanc).

Le Likoud (droite) de M. Nétanyahou et Bleu-Blanc obtiennent chacun 35 sièges.

Le 17, le président Reuven Rivlin charge M. Nétanyahou de former un gouvernement après des recommandations en ce sens des partis de droite et ultra-orthodoxes.

Mais fin mai, devant l’incapacité de M. Nétanyahou à former une coalition, le Parlement vote sa propre dissolution.

Le premier ministre a préféré provoquer un nouveau scrutin plutôt que voir le président confier à un autre le soin de former un gouvernement.

Coude-à-coude

Le 17 septembre, le Likoud et Bleu-Blanc sont de nouveau au coude-à-coude à l’issue des législatives.

Le 25, M. Nétanyahou est désigné pour former le gouvernement. M. Gantz refuse de « siéger dans un gouvernement dont le chef est sous le coup d’un grave acte d’accusation », en référence aux ennuis judiciaires de son rival.

Le 21 octobre, M. Nétanyahou renonce et le président charge M. Gantz, soutenu par la « Liste unie » des partis arabes, troisième force politique, de former un gouvernement.

Mais le 21 novembre, le président demande au Parlement de trouver un premier ministre, ni M. Nétanyahou ni M. Gantz n’ayant réussi à former une coalition.

Le même jour, le procureur général Avichaï Mandelblit inculpe M. Nétanyahou de corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires distinctes.

Le 11 décembre, les députés votent la dissolution du Parlement et convoquent un troisième scrutin en moins d’un an.

Nouvel échec

Le 2 mars 2020, le Likoud obtient 36 sièges et Bleu-Blanc 33 aux élections.

Le 16, le président charge toutefois M. Gantz de former un gouvernement, car il avait rallié davantage d’appuis des autres partis.

Mais n’ayant pas réussi à former un gouvernement, il annonce à la surprise générale un « gouvernement d’union et d’urgence » avec Benyamin Nétanyahou pour faire face à la pandémie de coronavirus.

Leur pacte, d’une durée de trois ans, prévoit une rotation, M. Nétanyahou devant laisser la place de premier ministre à M. Gantz après 18 mois.

Le 6 mai, la Cour suprême, saisie par des organisations mettant en doute la légalité de l’accord, le valide.

Le lendemain, Reuven Rivlin charge M. Nétanyahou de former le gouvernement d’union, auquel le Parlement accorde la confiance le 17 mai.

Mais le 23 décembre, après l’échec des parlementaires à adopter un budget, le Parlement se dissout à nouveau.

Et de 4 !

Le 23 mars 2021, les Israéliens se rendent aux urnes pour la 4fois en deux ans. Le Likoud arrive en tête (30 sièges), suivi par la formation Yesh Atid de son rival, le centriste et chef de l’opposition Yaïr Lapid (17 sièges).

Le 6 avril, Benyamin Nétanyahou est chargé de former le gouvernement.

Le 18, Yaïr Lapid propose un gouvernement d’union comprenant des partis de la droite, du centre et de gauche. M. Nétanyahou appelle Gideon Saar, un dissident du Likoud, à le rejoindre dans un « gouvernement de droite ».

Le 20, il plaide pour un référendum pour choisir un premier ministre.

À la date-butoir du 5 mai, Benyamin Nétanyahou échoue à former un gouvernement. Le même jour, M. Rivlin charge Yaïr Lapid d’essayer à son tour.

Le 30 mai, le chef de la formation de droite radicale israélienne Yamina, Naftali Bennett, annonce son intention de joindre le camp de Yaïr Lapid.

Benyamin Nétanyahou avertit que le projet d’un gouvernement d’union sous la direction de Yaïr Lapid serait un « danger pour la sécurité d’Israël ».

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