Ce serait le plus puissant système à avoir touché cette région du monde en 2021, ayant une puissance équivalente à un ouragan de catégorie 5 selon l'échelle de Saffir-Simpson (en vigueur dans l'océan Atlantique).
Avant qu'il ne touche terre, des vents allant jusqu'à 260 km/h ont été enregistrés. Si les rafales restent violentes, elles sont aujourd'hui moins puissantes.
Les Philippines ont été frappées de plein fouet par ce typhon. Près de 300 000 personnes ont été évacuées.
À VOIR AUSSI : En images : un bébé sauvé d'un terrible typhon
Les dégâts matériels sont majeurs : lignes de télécommunication coupées, inondations majeures, arbres déracinés, glissements de terrain... Le sud du pays a été particulièrement touché, dont la populaire île Siargao, destination touristique prisée. La majorité des ports sont fermés, et des dizaines de vols ont dû être annulés.
Certaines communautés sont carrément coupées du monde, surtout dans le sud des Philippines. Il est donc complexe d'évaluer l'étendue des dommages avec précision pour le moment. Les opérations d'évacuation sont toujours en cours.
Le typhon Rai poursuit actuellement sa course vers le Vietnam et les côtes de la Chine, mais tend à perdre en intensité. Il possède actuellement la puissance équivalente à celle d'un ouragan de catégorie 3, selon l'échelle de Saffir-Simpson. Il risque d'atteindre le statut de tempête tropicale au cours du week-end, au fil de sa progression vers la Chine.
Rai est non seulement fort, mais est aussi particulièrement tardif : les cyclones se forment généralement entre juillet et octobre dans l'océan Pacifique.
À VOIR ÉGALEMENT : Une tornade parcourt 206 kilomètres
Si une troisième dose de vaccin est la meilleure arme dont on dispose contre le variant Omicron, elle n’est pas non plus miraculeuse, préviennent des experts consultés par La Presse, qui pressent les Québécois de ne pas baisser la garde.
Ariane KrolLa Presse
Une étude diffusée mercredi, cosignée par des chercheurs réputés de l’Université Columbia mais pas encore passée au crible de l’examen par les pairs, signale un échappement vaccinal « frappant » du variant Omicron face aux anticorps.
« C’est un petit peu troublant », constate Alain Lamarre, professeur et chercheur spécialisé en immunologie, virologie et cancer à l’Institut national de la recherche scientifique.
« Ça indique que les anticorps sont très affectés dans leur capacité à neutraliser le virus contre Omicron et que même avec une troisième dose, ça ne remonte pas au niveau initial », explique-t-il.
Face à Omicron, « les doses de rappel ne vont pas vous rendre aussi protégé que ce que vous aviez face au variant Delta », indique Benoit Barbeau, virologue et professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal.
« Je pense que c’est une bonne idée de mettre en perspective qu’une troisième dose ne sera pas miraculeuse », note Andrés Finzi, immunologue de l’Université de Montréal.
Ce constat « frappant » est à mettre en contexte, relèvent toutefois les chercheurs.
« La protection, c’est beaucoup plus complexe que la capacité de ces anticorps à neutraliser le virus dans une éprouvette », rappelle M. Lamarre.
« Chez une personne, c’est quand même assez différent. Il n’y a pas seulement les anticorps, il y a d’autres éléments dans la réponse immunitaire, il y a les cellules, les composantes cellulaires », abonde M. Barbeau.
Il faudra voir « en vie réelle », dans d’autres pays où l’administration de la troisième dose est plus avancée, prévoit M. Lamarre.
La troisième dose n’aura pas un effet spectaculaire, mais elle devrait avoir un effet suffisamment important pour vous donner une meilleure capacité de lutter contre l’infection. Alors c’est loin d’être un coup d’épée dans l’eau.
Benoit Barbeau, virologue et professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal
« Une troisième dose de rappel pourrait ne pas vous protéger adéquatement d’une infection à l’Omicron, mais bien sûr, il est conseillé de la recevoir », écrivent d’ailleurs les auteurs de l’étude américaine.
Troisième dose nécessaire
Si deux doses protégeaient à 95 % contre les hospitalisations et à 75 % contre les infections dans le cas du variant Delta, ce n’est plus vrai dans le cas d’Omicron, insiste la pédiatre et microbiologiste-infectiologue Caroline Quach-Thanh, du CHU Sainte-Justine. « Deux doses, c’est 40 % de protection contre les infections et autour de 70 % de protection contre les hospitalisations. La dose de rappel augmente cette protection. »
Or, il faut absolument limiter les infections, plaide-t-elle, non sans émotion.
Si on a beaucoup de gens infectés avec le même pourcentage de complications [qu’auparavant], les hôpitaux vont déborder. Mais notre réseau de la santé n’est plus capable, ça fait 22 mois qu’il roule à plein, les gens sont crevés !
Caroline Quach-Thanh, pédiatre et microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine
La troisième dose n’a d’ailleurs pas montré de risque particulier. « Le profil d’innocuité est à peu près similaire par rapport à la deuxième dose. En Israël, le risque de myocardite est plutôt semblable au risque suivant une première dose, c’est-à-dire moins élevé », indique la Dre Quach-Thanh.
Pour adultes seulement
La campagne de troisième dose accélérée annoncée par Québec jeudi s’adresse uniquement aux adultes. « On n’irait pas d’emblée, avant d’avoir des données d’innocuité, offrir la troisième dose pour les plus jeunes », souligne la pédiatre.
La société pharmaceutique Pfizer a toutefois annoncé vendredi vouloir tester une troisième dose de son vaccin chez les enfants de 6 mois à moins de 5 ans, rapporte par ailleurs l’Agence France-Presse. Pfizer dit aussi avoir commencé des essais d’une dose de rappel chez 600 adolescents de 12 à 17 ans.
Sentiment trompeur
Face au variant Omicron, « même avec trois doses, il ne faut pas avoir un sentiment de sécurité trop fort », prévient M. Lamarre, en insistant sur l’importance de conserver les mesures barrières et d’éviter les contacts le plus possible.
Les masques, mais aussi les systèmes de ventilation et de purification d’air et les tests rapides, ainsi que les antiviraux quand ils seront offerts, doivent aussi faire partie de l’arsenal, ajoute M. Barbeau.
« On ne peut pas vacciner la population au complet tous les trois mois parce qu’il y a un nouveau variant », dit-il en évoquant les enjeux de logistique, de coûts et d’efficacité.
Le scénario « qui est fort probable et, je dirais, espéré le plus rapidement possible pour qu’on passe finalement d’une pandémie à une endémie » serait plutôt une dose annuelle, possiblement combinée au vaccin contre l’influenza « et reflétant un peu les variants en circulation », expose-t-il.
Même si la vaccination à deux doses confère encore vraisemblablement une bonne protection contre les formes graves de la COVID-19 induite par le variant Omicron, l’administration d’une troisième dose devient plus importante que jamais pour freiner la propagation de ce variant qui, se répandant comme une traînée de poudre, pourrait accentuer la pression sur le système de santé et les services essentiels.
Si, à ce jour, Omicron ne semble pas plus dangereux que le variant Delta, sa très grande transmissibilité risque de multiplier les infections au point où les personnes vulnérables et non vaccinées pourraient envahir, voire saturer les hôpitaux, et où le nombre de personnes infectées mises en quarantaine pourrait perturber sérieusement les services offerts dans les hôpitaux, les écoles et d’autres lieux essentiels de la société.
On ne sait pas encore très bien si Omicron peut provoquer des symptômes graves, car jusqu’à maintenant, il a surtout infecté des personnes jeunes, déjà immunisées par une infection antérieure ou par un vaccin, dans des pays du sud de l’Afrique, remarque Marc-André Langlois, directeur du Réseau de réponse rapide aux variants du coronavirus de l’Université d’Ottawa. Or, sachant que l’âge avancé et l’obésité — deux facteurs prédisposant à une forme grave de la COVID-19 — sont beaucoup plus fréquents au Canada qu’en Afrique, on peut imaginer que si les personnes qui ne sont pas vaccinées ont également un surplus de poids et sont âgées, une infection à Omicron entraînerait des effets importants. Il y a de fortes probabilités que ces personnes aient des symptômes aussi graves que ceux provoqués par le variant Delta, explique-t-il. « Et comme environ 10 % de notre population n’a pas été vaccinée, on peut appréhender un débordement dans nos hôpitaux, qui ne pourront plus offrir des services de chirurgie et de traitement contre le cancer. »
Efficacité sous la loupe
L’efficacité des vaccins à nous protéger contre Omicron est actuellement évaluée par de nombreux chercheurs. Deux équipes reconnues dans le domaine ont rendu publics en prépublication (c’est-à-dire avant révision par les pairs) les résultats qu’elles ont obtenus en laboratoire après avoir mis le variant Omicron en présence du plasma de personnes ayant reçu deux doses de vaccin à ARNm, notamment.
Dans les deux études, le taux d’anticorps capables de neutraliser le variant Omicron était bas, voire sous la limite de détection dans le plasma chez une part significative des personnes doublement vaccinées, ce qui se traduisait par une très faible neutralisation du variant Omicron. « La diminution de l’efficacité des anticorps pourrait expliquer le grand nombre de réinfections et d’infections après vaccination », avancent les chercheurs de l’Institut Pasteur.
Il faut toutefois souligner que ces deux études avaient été menées avec le plasma de personnes ayant reçu leurs deux premières doses de vaccin dans un intervalle de quatre semaines, alors qu’au Québec, le délai entre les deux doses a été étendu à huit semaines. Et il a été démontré que cet allongement du délai a permis d’offrir une protection de meilleure qualité et plus durable contre tous les variants en circulation jusqu’à Omicron.
Par contre, chez les personnes ayant reçu une dose de rappel, la neutralisation d’Omicron était jusqu’à 154 fois plus élevée, selon les chercheurs de la Rockefeller University.
Malgré de très hauts niveaux d’anticorps, le sérum de ces personnes avait une efficacité neutralisante de 5 à 31 fois moindre contre Omicron que contre le variant Delta, précisent les chercheurs de l’Institut Pasteur.
Tout de même une piste valable
Même si les anticorps produits après la réception d’une troisième dose ne sont pas aussi efficaces, leur quantité est telle qu’ils parviendront probablement à contrer les infections, souligne le spécialiste en immunologie Benoit Barbeau, de l’UQAM. Et comme Omicron est hautement transmissible, prévenir les infections aiderait grandement à limiter les dégâts. « Car la prolifération des cas d’infection se traduira inévitablement par une augmentation des hospitalisations, et ce, même si la proportion des personnes infectées qui développent des formes graves est plus faible », dit-il.
« En ce moment, la stratégie consiste à freiner la transmission de ce variant, car si les travailleurs de la santé contractent l’infection, ils devront se mettre en quarantaine jusqu’à ce qu’ils reçoivent un résultat négatif à leur test de dépistage, et il en sera de même dans les écoles. Si le variant Omicron se répand trop, des travailleurs essentiels au bon fonctionnement de la société devront s’absenter », souligne M. Langlois.
La troisième dose a plusieurs effets positifs : elle augmente les anticorps, qui peuvent pour leur part réduire la transmission en neutralisant les virus avant qu’ils infectent nos cellules, et elle accroît la réponse immunitaire, permettant de prévenir les symptômes graves de la maladie. Plus précisément, elle augmente le nombre de cellules immunitaires capables de reconnaître le virus, dont de cellules T, ces sentinelles qui vont repérer les cellules infectées et les éliminer, et de cellules B, qui vont produire de nouveaux anticorps.
« Et il ne faut pas oublier que c’est bientôt le temps des Fêtes, on va se retrouver dans des rassemblements, personne ne veut transmettre le virus à des personnes vulnérables pendant Noël. Recevoir sa troisième dose maintenant, avant les Fêtes, c’est une très bonne idée », conseille le Dr Langlois, qui recommande que cette dose de rappel soit donnée à tous les adultes de 18 ans et plus.
Des policiers de Montréal ont abattu un homme qui venait de poignarder ses deux colocataires, jeudi en début d’après-midi, dans le secteur de Lachine à Montréal.
Dans une vidéo extrêmement troublante filmée par un témoin de la scène, on aperçoit clairement l’individu se ruer vers les policiers qui le tiennent en joue au bas de la cage d’escaliers.
«Lâche ton couteau, lâche ton couteau!» crie l’un des policiers.
On voit ensuite au moins l’un des agents ouvrir le feu à plusieurs reprises en direction du suspect, qui s’effondre au sol, avant d’être menotté.
«Au moins cinq ou six coups de feu qui ont été tirés», a raconté un autre témoin de la scène, qui a tout de suite compris que quelque chose de grave venait de se produire en entendant les détonations.
Atteint de plusieurs projectiles, le suspect était en arrêt cardiorespiratoire durant son transport en ambulance vers l’hôpital. La police a confirmé son décès en milieu d'après-midi.
Dans les escaliers menant à l’immeuble où l’agression a eu lieu, on peut apercevoir un pistolet à impulsion électrique (Taser gun) appartenant aux policiers abandonné sur place. On ignore cependant si cette arme intermédiaire a été utilisée ou non lors de l’intervention dramatique.
Les responsables de santé au Royaume-Uni ont annoncé dimanche relever le niveau d'alerte COVID en raison d'une «rapide augmentation» des cas du variant Omicron, qui a poussé le gouvernement à annoncer de nouvelles mesures.
Le premier ministre Boris Johnson s'adressera à la nation dans une allocution diffusée dimanche à 20h00 (heure locale) pour faire le point sur la situation au Royaume-Uni, où le nombre total de cas d'Omicron détectés a atteint 3137, soit une augmentation de 65% par rapport au total de 1898 cas recensés samedi.
Détecté au Royaume-Uni il y a un peu plus de deux semaines, Omicron devrait être le variant dominant d'ici quelques jours, estime le gouvernement.
Face à sa rapide propagation, le niveau d'alerte a été relevé de trois à quatre, le deuxième niveau le plus élevé, qui indique que «la transmission est élevée» et que la pression sur les services de santé est «importante ou en augmentation».
«Les premiers éléments montrent qu'Omicron se propage beaucoup plus rapidement que Delta et que la protection vaccinale contre les maladies symptomatiques d'Omicron est réduite», soulignent les responsables de santé de l'Angleterre, l'Écosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord dans un communiqué commun.
La gravité d'Omicron «sera plus claire les prochaines semaines», mais ils notent qu'il y a «déjà» des hospitalisations dues à Omicron et qu'il est «probable» que leur nombre «augmente rapidement».
Inquiets de voir les services de santé submergés, ils appellent les Britanniques à se faire vacciner contre la COVID-19 ou à recevoir leur piqûre de rappel dès que possible.
Le Royaume-Uni est particulièrement touché par la pandémie avec plus de 146 000 morts et quelque 50 000 nouvelles contaminations enregistrées chaque jour.
Dans son allocution, Boris Johnson devrait faire le point sur les efforts du gouvernement pour lutter contre la propagation d'Omicron, dont l'extension de la campagne de rappel vaccinal aux plus de trente ans à partir de lundi.
Le ministère de la Santé a aussi annoncé dimanche qu'à partir de mardi, les cas contacts totalement vaccinés de personnes testées positives à la COVID-19 seront priés d'effectuer quotidiennement des tests antigéniques pendant sept jours. Ceux qui ne sont pas vaccinés doivent rester isolés dix jours.
Ces annonces s'ajoutent à d'autres mesures présentées récemment par M. Johnson, dont le retour au télétravail et l'introduction du passeport sanitaire en certains lieux.
Soumises au vote des députés mardi, ces nouvelles mesures devraient être adoptées grâce au soutien du parti d'opposition travailliste, mais Boris Johnson s'expose à la défiance d'une partie de son camp conservateur.
Parmi les frondeurs, le député Steve Baker a estimé les restrictions supplémentaires «disproportionnées».
«Je pense vraiment que le point crucial ici, c'est le type de société que nous sommes en train de créer» a déclaré l'ancien ministre sur SkyNews, estimant que comme lui, une soixantaine de députés conservateurs voteront contre les nouvelles mesures.
Outre cette fronde dans ses rangs, Boris Johnson est fragilisé par une série de scandales liés à des fêtes supposées à Downing Street l'hiver dernier, au moment où les Britanniques étaient censés limiter les interactions sociales pour éviter la propagation du virus.
Les Britanniques lui reprochent en particulier une fête qui aurait été organisée à Downing Street le 18 décembre 2020 quand eux-mêmes étaient privés de réjouissances à cause du coronavirus. Une vidéo ayant fuité et montrant des collaborateurs de Boris Johnson plaisantant sur cette «Christmas party» a ajouté de l'huile sur le feu.
Le plus haut fonctionnaire britannique, Simon Case, est chargé de mener une enquête interne et Boris Johnson a promis des «conséquences» pour ceux qui n'auraient pas respecté les règles.
Mais dimanche, le Sunday Mirror a publié une photo du premier ministre devant un écran à Downing Street, entouré de deux collaborateurs, l'un avec une guirlande autour du cou et l'autre semblant porter un bonnet de Noël, lors d'un quizz qui aurait été organisé le 15 décembre 2020.
C'est «très difficile» de voir comment cet événement peut s'être déroulé «dans le respect des règles» alors en vigueur, a souligné dimanche le chef du parti travailliste, Keir Starmer.
(Port-au-Prince, Haïti) Cité-Soleil, Bel-Air ou Village de Dieu : de plus en plus de quartiers de la région de la capitale haïtienne Port-au-Prince tombent sous contrôle exclusif de groupes armés, depuis juin dernier. Toute l’économie du pays s’en trouve bloquée. À Martissant, des groupes armés ont même occupé cette semaine l’important commissariat du quartier, vidé de ses policiers, ce qui coïncidait avec l’intensification d’un conflit territorial qui bloque la seule route vers tout le sud du pays.
Étienne Côté-PaluckCollaboration spéciale
« Ils m’ont pris mon téléphone et m’ont blessée en me poussant », raconte Sandra Jean, 37 ans, lorsqu’elle se rappelle une soirée de novembre où elle rentrait chez elle après son boulot dans un petit hôtel. Elle a démissionné lundi dernier parce que ses patrons refusaient qu’elle quitte les lieux avant 19 h. Elle ne se sent plus en sécurité le soir dans les rues de Port-au-Prince.
« Je me résigne à reprendre mon petit commerce de savon et de cuvettes de plastique », explique-t-elle. « Plutôt rester en vie. »
PHOTO ÉTIENNE CÔTÉ-PALUCK, COLLABORATION SPÉCIALE
Sandra Jean, 37 ans, a démissionné de son travail dans un petit hôtel de Port-au-Prince parce que ses patrons refusaient qu’elle quitte les lieux avant 19 h.
Des tirs se font entendre pendant que Sandra Jean accroche des vêtements propres sur une corde, tendue sur le toit de son appartement. Les rafales à l’arme semi-automatique sonnent au moins une demi-douzaine de fois durant la courte conversation avec La Presse.
« Depuis le 1er décembre, c’est balles après balles », dit-elle. Mme Jean habite avec quatre enfants et son mari dans un quartier limitrophe de Martissant, près du centre-ville.
Si les conflits armés ont augmenté dans certains quartiers dans les derniers mois, les enlèvements et le rançonnage se sont aussi multipliés dans le reste de la ville. De janvier à octobre, au moins 803 personnes auraient été enlevées, dont une cinquantaine d’étrangers, selon un groupe de défense des droits de la personne. C’est l’une des principales sources de financement de nombreux groupes armés.
La semaine dernière, 3 des 15 otages nord-américains (des missionnaires) kidnappés il y a plus d’un mois au nord de la ville ont été relâchés. L’organisation de missionnaires, établie en Ohio, et Affaires mondiales Canada n’ont pas précisé si le seul Canadien du groupe avait été libéré.
Routes bloquées
Quelques rues plus loin, la plus importante station d’autobus d’Haïti, d’habitude grouillante d’activité, est presque vide. Les bus et minibus inoccupés y sont alignés.
PHOTO ÉTIENNE CÔTÉ-PALUCK, COLLABORATION SPÉCIALE
Alignés au bord de la route, les bus sont à l’arrêt à la station Portail Léogane de Port-au-Prince.
« On a décidé d’arrêter tous les voyages vers le sud depuis lundi », explique Paul Beauséjour, responsable local de l’Association des propriétaires et chauffeurs d’Haïti.
Lundi en matinée, un minibus a été criblé de balles à Martissant. Blessé au dos, le chauffeur a réussi malgré tout à sortir de la zone avec son véhicule pour trouver de l’aide. Un passager est mort sur le coup, et d’autres ont été blessés.
PHOTO ÉTIENNE CÔTÉ-PALUCK, COLLABORATION SPÉCIALE
Des Haïtiens attendent devant un bus qui, normalement, aurait pris la direction des Cayes, depuis la station Portail Léogane de Port-au-Prince.
Au moins neuf chauffeurs de l’Association ont déjà été enlevés contre rançon cette année en passant par ce quartier, que traverse la seule route asphaltée qui va vers le sud du pays. C’est aussi le seul accès terrestre aux zones sinistrées par le séisme du 14 août dernier.
Regain de violence à Martissant
Martissant connaît une recrudescence des rivalités pour le contrôle de certains territoires. La plupart des habitants de ce grand quartier, qui compte des dizaines de milliers de personnes, ont quitté leur maison depuis quelques mois.
Ancienne banlieue de classe moyenne, Martissant est situé à flanc de montagne, et descend jusqu’en bord de mer, où se trouve la route nationale. Les deux seules routes de rechange, en terre battue, praticables à moto ou en quatre roues motrices, montent dans la montagne, l’une jusqu’au sommet.
PHOTO ÉTIENNE CÔTÉ-PALUCK, COLLABORATION SPÉCIALE
Début de la route de terre qui permet de contourner Martissant, un quartier à éviter de Port-au-Prince
« Ils m’ont menacé avec une arme il y a trois semaines, se rappelle Jean-Baptiste, alors qu’il s’apprête à entamer l’ascension de l’une de ces routes sur un motocross. Depuis, je ne prends plus la route nationale. »
L’homme de 48 ans, technicien en électricité et en plomberie, habite en banlieue sud de Port-au-Prince. Quand la circulation est fluide, il est chez lui en 15 minutes en temps normal. Il doit maintenant contourner le quartier Martissant, ce qui prend plus de 45 minutes par jour de beau temps. La route est poussiéreuse et passe tout près des zones de conflits.
« Si je suis stressé ? demande Jean-Baptiste, en répétant la question posée par La Presse. J’ai six enfants à nourrir, c’est la seule raison qui fait que je suis ici. Il faut que je travaille, je n’ai pas le choix. »
Trois ans d’une économie dans le rouge
« L’économie haïtienne est asphyxiée », explique l’économiste Etzer Emile. « D’un côté par la crise politique avec les difficultés pour faire des élections et les crises constitutionnelles, entre autres. Mais encore plus avec la situation d’insécurité qui bloque l’accès aux routes nationales et secondaires. L’activité économique est paralysée. »
La dernière fois où Haïti a connu trois ans consécutifs de croissance négative, c’est à la suite du coup d’État de 1991, rappelle le professeur à l’Université Quisqueya, située dans la capitale haïtienne.
C’est assez inédit pour cette génération de vivre trois années d’une économie effondrée, sans relance, sans aucun signe de regain de confiance. C’est cela qui a entraîné la vague de migration.
L’économiste Etzer Emile, professeur à l’Université Quisqueya
En Haïti, l’inflation annuelle était de près de 20 % en octobre dernier, selon les chiffres officiels publiés cette semaine. L’UNICEF et le Programme alimentaire mondial s’inquiètent de la sous-alimentation : 4 millions de personnes en Haïti en auraient souffert l’an dernier, soit plus du tiers de la population.
Augmentation des prix du carburant
En plus des affrontements à Martissant, un groupe armé a volontairement bloqué cet automne, pendant un mois et demi, l’accès au plus grand terminal gazier du pays, à Cité-Soleil. Cela a créé une longue pénurie d’essence, qui commence à peine à se résorber.
PHOTO RALPH TEDY EROL, ARCHIVES REUTERS
Manifestation contre l’augmentation du prix du carburant à Port-au-Prince, vendredi
La majeure partie des subventions du carburant à la pompe a été levée vendredi par le gouvernement haïtien par intérim, une mesure saluée par le Fonds monétaire international. Par conséquent, le prix de l’essence vient d’augmenter de 25 % et celui du diesel et du kérosène, de plus de 200 %.
« À 53 ans, c’est la première fois que je souffre comme ça », confie M. Beauséjour, de l’Association des propriétaires et chauffeurs d’Haïti. Il déplore aussi le départ vers l’étranger de plusieurs de ses membres, dans les derniers mois.
PHOTO ÉTIENNE CÔTÉ-PALUCK, COLLABORATION SPÉCIALE
Paul Beauséjour, responsable local de l’Association des propriétaires et chauffeurs d’Haïti, à la station d’autobus Portail Léogane de Port-au-Prince
Les gens vivent au jour le jour plus que jamais.
Paul Beauséjour, responsable local de l’Association des propriétaires et chauffeurs d’Haïti
Découragement
La majorité de la population n’a plus l’impression que ça pourra s’améliorer, selon l’universitaire Etzer Emile, qui tient également une émission de télé hebdomadaire de vulgarisation économique.
« Pire que ça, les acteurs politiques, que ce soit auparavant ou maintenant, n’ont aucune sensibilité par rapport à la crise, ajoute-t-il. Ou peut-être n’ont-ils pas la capacité d’y répondre ? Ou peut-être que le faire ne les intéresse pas ? »
Sous le regard amusé de son fils de 8 ans, Mme Jean accroche le dernier t-shirt sur la corde à linge. « Cette année, il n’y a personne à Port-au-Prince qui va vraiment fêter Noël », conclut-elle.
La disparition d’un homme, qui a quitté sa résidence de Laval en juin 1988 sans jamais donner signe de vie à ses cinq enfants et à sa conjointe, pourrait bien avoir connu son dénouement en Ohio.
C’est du moins ce que croit Stéphane Luce, un enquêteur privé qui dirige le site web Meurtres et Disparitions Irrésolus du Québec.
Photo courtoisie
L’homme est porté disparu depuis le 14 juin 1988.
Celui qui aide la famille à retrouver Robert St-Louis attend les tests d’ADN qui permettront de confirmer l’identité d’un sans-abri décédé le 18 novembre, à Toledo, dans l’État d’Ohio, et qui se faisait appeler Bob St-Louis.
La famille, qui préfère attendre les résultats du test d’ADN avant de s’exprimer, avait reçu il y a quelques mois une communication d’un avocat américain qui souhaitait avoir plus d’informations sur la disparition d’un Robert St-Louis.
En mars 2021, cet avocat a finalement communiqué avec Nathalie St-Louis par visioconférence alors qu’il était accompagné d’un vieil homme du nom de Bob St-Louis.
Test d’ADN
L’homme qui se trouvait avec l’avocat semblait confus et donnait l’impression de souffrir d’Alzheimer, selon Mme St-Louis, mais le regard lui rappelait celui de son père. D’autres éléments, dont le nom de grand-mère du vieillard, Anna, semblaient concorder avec ceux de Robert St-Louis.
Photo courtoisie
Un itinérant nommé Bob St-Louis est décédé le 18 novembre dernier à Toldeo, en Ohio.
Sauf que des mois sont passés sans que le dossier évolue, notamment en raison des difficultés reliées à la pandémie. Un test d’ADN devait être réalisé pour s’assurer du lien entre Nathalie et le Bob St-Louis de Toledo, mais rien ne s’est produit jusqu’à ce que l’homme âgé décède, le 18 novembre dernier.
Propriétaire d’une entreprise de fourrure qui a fermé en 1987, Robert St-Louis vivait une période difficile au printemps 1988. La nuit du 14 juin, il a quitté sa résidence de Laval en véhicule tout en laissant les clés de la résidence et son portefeuille sur place.
Le véhicule en question, un Cherokee beige, ne sera jamais retrouvé, mais en novembre 1988, une employée de banque à Laval affirme avoir vu Robert St-Louis alors qu’un homme correspondant à l’avis de recherche est venu s’informer pour un prêt personnel.
D’autres indices, dont des appels anonymes à la résidence, ont fait en sorte que la police de Laval a privilégié la thèse du départ volontaire.
Le beau-frère de St-Louis affirme aussi l’avoir aperçu en 1990, mais aucun indice n’a été recueilli depuis cette date.
Dernier espoir
En raison des délais, Stéphane Luce a entrepris au nom de la famille de prélever un échantillon d’ADN sur la dépouille de l’homme de Toledo pour avoir le fin mot dans le dossier.
« Ce qu’on fait, c’est l’équivalent d’un test de paternité », explique M. Luce.
Il croit être en mesure d’avoir les résultats définitifs d’ici une semaine, mais estime déjà avoir suffisamment d’informations pour croire qu’il y a un lien entre l’homme de Toledo et Robert St-Louis.
« Le dénouement, je suis pas mal certain qu’il va être positif », prédit M. Luce.
La police de Laval, qui est titulaire de l’enquête sur la disparition de St-Louis depuis 1988, est au courant des démarches entreprises en Ohio et dit travailler conjointement avec les intervenants.
« Toutefois, rien n’a été confirmé dans le dossier pour le moment », indique la police lavalloise.